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LE CAS MARCEL DUCHAMP

 Considérer encore de nos jours Marcel Duchamp — l’homme , l’artiste , en sa subjectivité et singularité — comme responsable de toute cette gangrène de l’art dit contemporain ou non art financier officiel qu’on connaît depuis les années 70-80 (à partir de Warhol , qui n'est au mieux qu'un publicitaire , et au pire un plagiaire ; contrairement à Rauschenberg , Rivers , Kienholz , Blake… : vrais artistes) , c’est vraiment pécher par anachronisme , sinon mauvaise foi et/ou ignorance…

 

Si on n’a pas lu et médité une bonne partie des références ci-après , si on n’a pas , guidé par maints grands exégètes , cheminé dans les méandres de sa pensée , alors on ne connaît pas Duchamp…

 

Le risque , c’est de prendre au premier degré ces bombes de non-sens à retardement que sont les readymades : ce que font nos officiels , cyniques et autres crédules de l’art comptant pour rien ; aussi bien d'ailleurs que les critiques d'art ''dissidents'' , tout aussi ignorants à ce sujet , qui n'envisagent le quidam que par un petit bout de ''l'Urinoir'' , et  invoquent Jean Clair à tous bouts de champ sans l'avoir pourtant jamais lu ou bien lu…

 

Duchamp avait pourtant prévenu : ''je leur ai jeté l'urinoir et le porte-bouteilles à la tête comme une provocation et voilà qu'ils en admirent la beauté esthétique !''  

 

Cette phrase surtout , dans ''Duchamp du signe'' , si peu souvent citée dans son intégralité , empêche toute imposture : ''Une autre fois , voulant souligner l'antinomie fondamentale qui existe entre l'art et les ready-mades , j'imaginai un ''ready-made réciproque'' (Reciprocal ready-made) : se servir d'un Rembrandt comme table à repasser !''

 

Je souligne : antinomie fondamentale qui existe entre l'art et les ready-mades

 

Quant au ''Grand Verre'' , ou ‘’Étant donné…’’ , loin de mettre à bas toute valeur , et par là même désacraliser l’art : ces œuvres célèbrent au contraire une divinité féminine inaccessible en ses nuées ou dans son paysage… 

 

Ainsi l’étude approfondie de Duchamp permet de faire le tri , jauger , juger la pertinence des uns et des autres parmi ceux qui se réclament de lui , dézinguer les verbiages des ayatollahs , et renvoyer en toute connaissance de cause s’abîmer dans le néant qui l'a engendrée la clique Koons-Hirst-Delvoye-Cattelan-McCarthy-Weiwei-Lavier-Blazy-Poincheval , etc.

 

Quelques références incontournables , donc :

 

Jean Suquet : ‘’Miroir de la Mariée’’ ; ‘’Le Grand Verre Rêvé’’ ; ‘’Regarder l’Heure sur le Ciel de Marcel Duchamp’’ ; ‘’In Vivo , In Vitro’’ ; ‘’L’Éblouissement de l’Éclaboussure’’ ; ‘’Épanouissement ABC’’ ; ‘’De la Poésie Toute Faite’’

 

Jean Clair : ‘’Marcel Duchamp où le Grand Fictif’’ ; ‘’Marcel Duchamp et la Fin de l’Art’’…

 

Michel Vanpeene (celui grâce à qui j’ai commencé à y comprendre quelque chose) : on trouve quelques uns de ses très beaux textes dans la revue Étant donné Marcel Duchamp , dont il est l'un des fondateurs (laquelle revue voulait d’emblée ‘’remettre les pendules à l’heure’’)…

 

Patrice Quéréel (toujours dans la revue Étant donné Marcel Duchamp) : notamment un texte poilant quant à la spécificité du ‘’rire cauchois , qui dure tant qu’on ne sait pas si on doit rire ou pas’’

 

Pour les plus flemmards : cf. l’excellent double dvd ‘’Marcel Duchamp Iconoclaste et Inoxydable’’ de Fabrice Maze édité par Seven Doc…

 

Cf. aussi le passionnant catalogue de la très belle exposition Marcel Duchamp/la peinture , même , organisée par Cécile Debray en 2014-2015 au Centre Pompidou : jeune commissaire dont on peut saluer l’audace quant à cette entreprise digne de Jean Clair (cf. L’Âme au Corps , Face à l’Histoire , etc.) , lequel a d'ailleurs contribué à ce catalogue… mais qu’à cela ne tienne , les protagonistes de l’art toxique officiel ont sauté sur l’occasion en programmant Jeff Koons en même temps : ainsi , dans la tête du visiteur lambda pas plus initié que ça , le passage de l’un à l’autre , la légitimation de l’un par l’autre pouvait aller de soi…

 

Dans un petit texte assez discret de ce catalogue , analysant les rapports entre Duchamp et la presse satirique , Didier Semin écrit : ’’S’agissant des très rares readymades qui ne comportent aucune sorte d’inscription , la rumeur s’est faite légende , colportant l’idée , bien entendu fausse , que des objets usuels pouvaient être promus ‘’à la dignité d’objets d’art par le simple choix de l’artiste’’ . La plus célèbre — et la plus réussie ! — des farces philosophiques dirigées contre les avant-gardes du XXème siècle , et la volonté de ces dernières de se soustraire au jugement (…)’’

 

Ce que Jean Clay formulait déjà en 1975 dans ''De l’Impressionnisme à l’Art Moderne'' (un grand classique) : ‘’Depuis quinze ans (…) . Trop d’artistes se contentent de pasticher Duchamp et de sélectionner au Prisunic des variantes qui se voudraient excentriques du Porte-bouteilles . Ils feignent de croire que la nouveauté réside dans le choix de l’objet — alors que c’était le geste même qui , en l’occurrence était l’œuvre . ‘’

 

Même sans très bien jouer aux échecs , on peut percevoir la beauté des combinaisons logiques forçant l’adversaire au mat… : et alors quel coup époustouflant que le readymade ! , ''perturbateur du champ muséal (presque aussitôt  après , écrit encore Jean Clay , rappelant le contexte historique) que Picasso ait perturbé le champ du tableau en y introduisant un morceau de toile cirée)'' ; mais effectivement indépassable et clos sur lui même…

 

Du coup , le rire (désormais jaune) n’en finit pas de durer !

 

Mais il est malgré tout possible d’extrapoler à partir du geste de Duchamp un principe readymade non exclusif , en plus de  la peinture-peinture , ou de la sculpture-sculpture (lors d'un entretien datant des années 60 , Duchamp cite le très lyrique Joseph Cornell  comme héritier possible de ce principe…) : usant alors librement du réel lui-même en tant que matériau de sa propre représentation , entre le plastique et le sémantique , sans que ces modes ne se réduisent jamais l’un l’autre : sans que jamais , comme c’est le cas chez les imposteurs , le verbal ne relègue le visuel au rang de piètre illustration…

 

Si l’on n’accepte pas ne serait-ce que de la possibilité d’existence de ce principe (et pourquoi pas ? sans être obligé d’y être sensible) , impossible de comprendre — vraiment comprendre — par exemple Louise Bourgeois , Kiki Smith , Joseph Beuys , Marcel Broodthaers , Walter de Maria , Robert Smithson , Richard Long , Andy Goldsworthy , Anna Mendieta , Yayoi Kusama , Marcel Dzama , Jean Tinguely , Philippe Garel , Anselm Kiefer , Ian Hamilton Finlay… : tiens , j’entends cracher toutes les Kalachnikov et autres mitrailleuses — uniquement virtuelles , poétiques , philosophiques s’entend — que Finlay a dressées ici ou là contre ‘’l’impureté’’ [de l’art dit contemporain] : comme il est doux , mélodieux le chant de la flûte

[cf. ''Monument to the First Battle of Little Sparta'' , 1983 ; ou bien ''Ceci n'est pas une Pipe - After Magritte (with Gary Hincks)'' , 1991] 

 





Éric Vivier

                

 

                       

 

 

                                                                                                                                             

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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